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La méthode Ressentir, Réguler, Réorganiser

La méthode Ressentir, Réguler, Réorganiser

DOMINIQUE CHAUSSON
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Cabinet SIB

La méthode RIV Chausson© (Ressentir, Réguler, Réorganiser) accompagne le changement dans l'ordre où le corps le permet : d'abord retrouver le ressenti, puis ramener le système nerveux à la sécurité, et seulement ensuite réorganiser ses comportements. Réorganiser avant d'avoir régulé ne tient pas.

Fort de plus de 40 ans de pratique clinique, j'ai vu des centaines de personnes vouloir changer par le haut, par la décision, la volonté, le plan. Et échouer, non par manque de courage, mais parce qu'elles s'y prenaient dans le mauvais ordre. Voici l'ordre qui fonctionne.

Vous avez sans doute déjà pris de belles résolutions. Vous saviez quoi faire. Vous vous êtes lancé. Et au bout de quelques jours, quelques semaines, tout est revenu comme avant. Ce n'est pas que vous manquiez de discipline. C'est que vous avez voulu réorganiser votre vie sur un système nerveux encore en alarme, comme vouloir amarrer un bateau au milieu de la tempête. Ce n'est pas l'horloge qui décide du bon moment. C'est la mer.

Depuis des années, j'accompagne le changement en trois mouvements, toujours dans le même ordre. Je les appelle Ressentir, Réguler, Réorganiser, le cœur de la méthode RIV Chausson©.

Trois mouvements, un seul ordre possible

RIV ne désigne pas trois techniques que l'on pioche au hasard. C'est une séquence. Chaque mouvement prépare le suivant, et aucun ne tient si celui d'avant n'a pas eu lieu. On veut presque toujours commencer par la fin : réorganiser. Nouvelle habitude, nouvelle limite, nouvelle façon de réagir. Mais un comportement nouveau posé sur un corps encore en alerte ne prend pas racine. Il tient tant que la volonté tient, puis il lâche. L'ordre juste va dans l'autre sens : on part du corps, on remonte vers le comportement. C'est plus lent au départ. C'est ce qui fait que ça dure.

Ressentir : revenir dans un corps qu'on a déserté

Beaucoup de gens que je reçois vivent un peu au-dessus d'eux-mêmes. Très actifs dans la tête, presque absents dans le corps. Le premier mouvement consiste à rétablir le contact. Pas à analyser une émotion, mais à la sentir. Où est-ce que ça se serre ? Que se passe-t-il dans la gorge, le ventre, les épaules, quand vous évoquez telle situation ? Ce sont des informations, pas des faiblesses. Rien ne peut changer tant que ce contact n'est pas rétabli, parce que c'est là, dans le corps, que le changement se joue.

Réguler : conduire le système nerveux jusqu'à la sécurité

Une fois le contact rétabli, on ne se jette pas sur la solution. On régule. C'est le mouvement que le monde du changement rapide oublie presque toujours, et c'est le plus important. Réguler, ce n'est pas se forcer à se calmer. C'est accompagner le système nerveux d'un état d'alerte vers un état de sécurité, où le corps peut enfin baisser la garde. Ce passage a un nom dans ma pratique : l'Acouïa, ce moment où le corps décide de poser les armes.

Pierre, la cinquantaine, est arrivé épuisé par ses tentatives répétées de « mieux s'organiser » au travail. Il avait tout essayé : plannings stricts, résolutions de ne plus tout accepter, stages de management. À chaque fois, après quelques jours de discipline rigide, une situation anodine déclenchait la même réaction : une soumission immédiate, une rage rentrée, puis l'effondrement. En séance, nous avons cessé de chercher un nouveau plan d'action. Nous sommes restés sur ce qui se passait dans son sternum et sa mâchoire dès qu'un supérieur formulait une demande. Le jour où son système nerveux a enfin pu traverser cette alerte et lâcher la tension, cette bascule où le corps s'apaise, la suite a pris une tournure inattendue. Sans effort de volonté, il a posé une limite claire lors d'une réunion tendue, d'une voix calme. La nouveauté n'avait pas eu besoin d'être forcée : elle tenait, enfin, sur un sol stable.

Témoignage anonymisé. Prénom et détails modifiés. Résultats individuels.

Réorganiser : quand la prise de conscience s'ancre enfin

Alors seulement vient le troisième mouvement. Poser une limite qu'on n'arrivait pas à poser. Ne plus réagir au quart de tour dans une situation qui, hier, faisait tout exploser. Ce ne sont plus des efforts arrachés à la volonté, mais des ajustements naturels, parce qu'ils arrivent dans un corps qui peut enfin les accueillir. Réorganiser en dernier, ce n'est pas repousser le changement. C'est lui donner un sol sur lequel tenir.

Pourquoi on inverse toujours l'ordre, et ce que ça coûte

Parce que notre époque valorise le résultat visible. Réorganiser, ça se voit. Ressentir et réguler, ça ne se montre pas. On saute donc l'étape invisible pour aller droit à celle qui se remarque. Le coût, on le connaît tous : la rechute. On tient trois semaines, puis on retombe, et on en conclut qu'on a « manqué de volonté ». C'est faux. On a simplement construit dans le mauvais ordre. Changer durablement, ce n'est pas pousser plus fort. C'est y aller dans l'ordre où le vivant, en vous, peut suivre.